« On est parti Fann' ? » C?est Antoine qui m'appelle. Il est déjà en maillot lui. Tous les deux, on passe notre temps à la piscine. On s'amuse bien. Il a même pas un an de moins que moi. Je suis la plus grande quand même. Toc! J'enfile mon maillot tout neuf en quatrième vitesse. Je chope une serviette de plage. Je cours. C'est au premier qui sera dans l'eau. Il faut remonter le camping en traversant l'espace de jeux. La course est serrée. On rit. J'adore le camping. On s'amuse trop. Il fait très beau en plus! Le pédiluve. L'eau est glacée alors on passe vite. On s'éclabousse. Le vingt-huit juillet, j'aurais onze ans. Je vais rentrer en sixième. La classe! Hop! On plonge. Holala! Elle est froide au début. Je sais nager. J'ai appris quand j?étais au CE2. L'été dernier, Papet, mon grand-père, m'a appris à nager comme les indiens. C'est trop bien. Ça fait pas de bruits, Enfin... Papet ne fait pas de bruits. Moi, je suis pas encore vraiment au point. On va pas trop où on a pas pieds. Antoine a peur. Il est trop petit. Bientôt tout les monde va nous rejoindre. Je vois déjà les cousins qui rappliquent. Pas loin derrière Catherine, Eric, Jules et Tom. Tonton Jules est super grand et vachement fort alors il nous envoie valser dans l'eau. Au bout d'une heure de jeux, Jules part é la caravane. Il est fatigué. C'est vrai que ça fatigue de rigoler! C'est à peine si les cousins ont remarqué qu'il était parti. J'adore ma famille. Comme dit mamie : « Avoir une famille soudée c'est important ». Je ne comprends pas trop ce que ça veut dire mais si c'est avoir une famille comme ça, je suis d'accord. Vingt minutes passent. Voilà mon oncle qui revient. Il est tout essoufflé. Il rentre même pas dans l'enceinte de la piscine. « Eric ! Tom ! Cath, reste ici avec les gosses » Mon parrain sort de l'eau à toute vitesse, suivi de près par Tom. Ils ont une drôle d'expression sur le visage. J'ai peur.tout d'un coup. Qu'est ce qui se passe ? Plus personne n'a vraiment envie de s'amuser. Catherine non plus. Elle essaie de sourire. C'est sans conviction. Pas très efficace. Je voudrais bien aller à la caravane. Je comprends rien. « Qu'est ce qui se passe Cath ? Rien de grave ma chérie ». Elle me parle doucement. Sa voix est basse. Comme si elle avait du mal à parler. La piscine est juste à côté de l'entrée du camping. Je vois passer deux camions de pompiers. Rouges. Ils se dirigent vers le fond du camping. « C?est Papet ? C?est ça ? » Je pleurais. Je n?arrivais plus à parler. « Mais non! Arrête de pleurer Fanny s'il te plait. Tu vas faire peur à tes cousins ». Elle me prit dans ses bras. J'essai d?arrêter de pleurer. J?ai du mal. Un grand arrive derrière le grillage. « Vous avez vu? Y?a un vieux qu'est en train de crever! Y'a même les pompiers ! C'est trop fort!!! ». Catherine se retourne. Son regard aurait tué un lion en colère. « Ça t'amuses ptit con de rire du malheur des gens? Dégages!». Le grand s'est pas fait prié. Il a décampé. J'ai vraiment peur. Les cousins ne comprennent rien. Ils attendent. Pour vu que se ne soit pas Papet...! Maman m'a promis qu'il s'en sortirait. Elle a promis! Elle a eu un cancer aussi elle. Elle est pas? Non! Et puis Papet, il a un sacré caractère. Il était professeur de karaté en plus. Quand est-ce qu'ils vont revenir? Quand est-ce qu'on pourra s'amuser? C'est long. J'en ai marre d'attendre. JE VEUX SAVOIR! Ça fait combien de temps qu'on attends? Impossible de dire. L'éternité. Ptet plus. Désolée Catherine mais je sais pas comment on arrête de pleurer. Mélanie arrive. C'est la femme de Jules. Elle nous regroupe tous vers la sortie du camping. Là où on vend des bonbons et des glaces. Y'a une table en bois. J'arrive en dernier. Je vois plus rien. Mes yeux sont noyés de larmes. Je croise les doigts le plus fort que je peux. Je me fais mal toute seule. Je m'en fou. Mélanie me regarde. Ses yeux sont rouges. Elle pleure. « C'est fini Fanny ». Non! C'est impossible ! Je ne comprends plus ce qu'elle dit à tout le monde. Je ne veux pas m'assoire. Sur le bac en bois. Je cours. Plus vite. Toujours plus vite. Je vole. Je ne vois plus rien. Y'a plus de bruits à la caravane. Y'a les pompiers qui regardent un drap blanc. Mamie. Elle sanglote. Elle berce doucement le drap. Comme pour un bébé. Sauf qu'elle ne le tient pas dans ses bras. Le drap et par terre. Tom. De l'autre côté du drap. Il pleure. C'est quoi ces fourmis sur le drap ? Qu?est ce qu'elles foutent là ? Et eux ? Pourquoi ils se barrent pas avec leurs camions ? Pourquoi? POURQUOI ?


